Le même récit a donné lieu à des lectures très différentes selon les traditions. Les écarts ne portent pas sur les faits rapportés mais sur les conséquences qu'on en tire pour la condition humaine.
Le judaïsme ne connaît pas de doctrine du péché originel. La transgression a des conséquences pour Adam et Ève, non une souillure transmise à leur descendance. L'être humain naît avec deux inclinations, l'une au bien et l'autre au mal, et la responsabilité de chacun demeure entière. Le midrash développe par ailleurs de nombreux récits complémentaires, dont celui de Lilith, absente de la Bible et issue de traditions médiévales.
Paul de Tarse établit un parallèle entre Adam, par qui la mort entre dans le monde, et le Christ, par qui vient la vie. Augustin d'Hippone systématise cette lecture au début du cinquième siècle en formulant la doctrine du péché originel, transmis à toute l'humanité. Cette élaboration, contestée en son temps par Pélage, deviendra centrale dans la théologie occidentale et absente, sous cette forme, des Églises orientales, qui parlent plutôt d'un affaiblissement de la nature humaine.
Le Coran reprend le récit sous une forme abrégée. Adam y est le premier prophète, la transgression est commise conjointement par le couple, et Dieu accepte le repentir d'Adam avant même la descente sur terre. Il n'y a donc ni faute transmise ni responsabilité particulière attribuée à la femme, et la vie terrestre est présentée comme une mission plutôt que comme une sanction.
L'exégèse historique replace le texte dans son contexte proche-oriental et le rapproche d'autres récits mésopotamiens, dont l'épopée de Gilgamesh, qui contient une plante d'immortalité dérobée par un serpent. L'anthropologie y lit un récit étiologique expliquant la condition humaine : le travail, la douleur, la mortalité, la conscience de soi.
Depuis le 10-neuvième siècle, plusieurs relectures contestent l'usage fait du récit pour justifier la subordination des femmes. Elles s'appuient sur le premier chapitre, où l'humanité est créée simultanément mâle et femelle, et sur le terme hébreu traduit par aide, qui désigne ailleurs dans la Bible un secours puissant et non un statut subalterne.