Le texte biblique ne raconte pas une fois la création de l'homme, mais deux, dans des termes différents. Cette dualité, repérée dès le 10-huitième siècle, commande toute lecture savante des premiers chapitres.
Le premier chapitre décrit une création en 6 jours, ordonnée et cosmique, qui s'achève par l'humanité créée mâle et femelle à l'image de Dieu, sans antériorité de l'un sur l'autre. Le second chapitre reprend au niveau du sol : l'homme est formé de poussière, placé dans un jardin, puis la femme est tirée de son côté. Les deux récits emploient des noms divins différents et un vocabulaire distinct, ce qui a conduit l'exégèse critique à les attribuer à deux traditions littéraires successives.
Adam n'est pas d'abord un nom propre. Le mot hébreu adam désigne l'être humain en général et joue avec adama, le sol, dont il est tiré : la traduction la plus fidèle serait le terrien. Ève, Hawwa en hébreu, est rapprochée dans le texte même de la racine qui signifie vivre, et reçoit son nom après l'épisode du jardin, non avant.
L'homme est placé dans le jardin pour le cultiver et le garder, avec la permission de manger de tous les arbres sauf un, celui de la connaissance du bien et du mal. L'arbre de vie, mentionné séparément, ne fait l'objet d'aucune interdiction initiale. Cette distinction entre deux arbres est souvent effacée dans les résumés populaires alors qu'elle structure la fin du récit.
Le serpent, décrit comme le plus rusé des animaux et non comme une figure démoniaque, met en doute la parole reçue. La femme mange, l'homme mange à son tour. Suivent la conscience de la nudité, la dissimulation, l'interrogatoire, et les conséquences prononcées sur le serpent, la femme et l'homme. Le fruit n'est jamais nommé dans le texte hébreu ; la pomme provient d'un jeu de mots latin entre malum, le mal, et malum, la pomme.
Le motif de l'expulsion est explicite et rarement cité : il s'agit d'empêcher l'homme de prendre aussi de l'arbre de vie et de vivre indéfiniment. Des chérubins et une épée flamboyante gardent l'accès. Le récit ne parle ni de chute ni de péché originel, notions élaborées bien plus tard dans la tradition chrétienne.