Iconographie d'Adam et Eve

Peu de scènes ont été représentées aussi souvent. La constance des éléments, l'arbre, le serpent, les deux figures nues, a permis à chaque époque d'y projeter ses préoccupations sans que le sujet cesse d'être immédiatement reconnaissable.

Art paléochrétien

Les premières représentations apparaissent dans les catacombes romaines dès le troisième siècle, et sur les sarcophages. Les figures y sont schématiques, et la scène sert surtout de signe de reconnaissance entre fidèles. L'arbre y est souvent réduit à un tronc entouré d'un serpent, formule qui traversera tout le Moyen Âge.

Moyen Âge

Les portails des cathédrales et les manuscrits enluminés développent le cycle complet : création, tentation, expulsion, travail d'Adam et filage d'Ève. Le serpent y prend fréquemment un visage de femme, invention iconographique du treizième siècle sans fondement textuel, qui exprime une lecture particulière de la responsabilité. Les Très Riches Heures du duc de Berry en offrent une version achevée, avec les quatre moments réunis dans un même cadre circulaire.

Renaissance

La redécouverte du nu antique change tout. La gravure d'Albrecht Dürer de 1504 applique au couple les canons de proportion qu'il étudie, et fait de la scène un traité de proportion autant qu'un sujet religieux. Michel-Ange peint le double épisode de la tentation et de l'expulsion à la voûte de la Sixtine entre 1508 et 1512, en un seul champ divisé par l'arbre. Le retable de l'Agneau mystique des frères Van Eyck, achevé en 1432, avait déjà donné deux nus d'un réalisme saisissant.

Époque moderne

Cranach l'Ancien multiplie les versions, où le sujet religieux sert de cadre à un érotisme de cour. Rubens et Titien traitent la scène en grand format mythologique. Au 10-septième siècle, Rembrandt en donne une eau-forte délibérément dépourvue d'idéalisation, avec deux corps vieillissants, rupture notable dans une tradition presque toujours attachée à la beauté des figures.

Détails récurrents

La pomme, absente du texte, s'impose en Occident par le jeu de mots latin. La feuille de figuier, elle, vient bien du récit. Le nombril, que ni Adam ni Ève ne devraient posséder n'étant pas nés d'une femme, a fait l'objet de débats théologiques et de solutions variées chez les peintres, certains le dissimulant, d'autres l'assumant.